
Pourquoi la règle du 3-3-3 n'a pas de sens avec les chiens roumains
Pas mal de mes client.es ayant adopté un chien roumain ont reçu comme indication avant l’adoption qu’il existerait une “règle des 3-3-3” pour le chien qui va arriver : “trois jours de stress intense, trois semaines d'adaptation, trois mois pour instaurer la confiance et une routine” (SPCA).
Cette règle ne repose sur rien. Elle n’a pas de valeur scientifique et n’est tout simplement pas vraie. Si elle cherche à donner des repères, ce qui est une intention louable, elle vient poser de très sérieux problèmes aux adoptant.es de chiens roumains qui la prennent pour une donnée fiable sur le comportement canin.
Le danger avec cette "règle"
Là où cette idée devient dangereuse, c’est qu’elle déplace la responsabilité sur les adoptant.es qui, quand leur chien ne suit pas cette règle arbitraire, pensent que quelque chose ne va pas dans leur façon de faire ou que le comportement du chien est incohérent, et que c’est à cause de ça que le chien est agressif, phobique, qu’après trois semaines il commence à attaquer les gens, les chiens, parfois même sa famille d’adoption. On prétend même auprès de certaines familles que le chien roumain se mettrait à attaquer après trois semaines parce qu’il prend confiance (ce qui est faux, ce délai de trois semaines correspond justement à la sortie d’état de sidération traumatique et témoigne d’un chien qui va très mal).
Les spécificités des chiens roumains
Les chiens roumains ne sont pas des chiens domestiques. Ils naissent et grandissent libres pour une écrasante majorité, sont capturés, enfermés et déplacés pour de grands trajets, et finissent enfermés dans un espace clos (la maison, l’appartement) avec une espèce dont ils connaissent vaguement les codes et dont ils ont généralement peur, ou du moins une certaine méfiance qui les conduit à préférer se tenir à distance, que ce soit directement oiu après avoir été nourri.
Si les chiens roumains peuvent effectivement être maltraités dans leur pays d’origine, ce n’est pas, loin de là, leur problématique principale : un chien domestique sociable et maltraité ne connaîtra jamais ni les symptômes ni l’ampleur des difficultés d’un chien roumain capturé puis enfermé chez des humains.
Les traumatismes des chiens roumains se situent essentiellement dans la terreur de la capture, du voyage et de la vie en captivité. Leur bain sensoriel de naissance et d’enfance voire d’âge adulte n’a aucun rapport avec celui qui sera imposé dans sa vie en captivité. Ils n’ont pas les compétences nécessaires à la vie de chien domestique, et l’amour et la patience sont très largement insuffisants pour qu’ils deviennent des chiens de compagnie sereins et sociables.
Faire croire cela met des familles en danger : de (très) nombreux chiens roumains en viennent à mordre, parfois gravement, ou même simplement à agresser encore et encore. Cela ne passera pas tout seul ou avec un travail avec un éducateur canin non formé aux spécificités des chiens errants : c’est un comportement normal chez le chien roumain, cohérent, et en lien direct avec le fait qu’il s’agit d’un chien des rues capturé et contraint à vivre avec une espèce qu’il craint.
Les chiens roumains ne sont pas des chiens abandonnés en attente d’une famille. Ce sont des chiens libres, arrachés à leur environnement (la rue, la décharge, les alentours des communautés humaines), souvent lourdement traumatisés par cet arrachement, par le contact forcé avec l’humain, par les déplacements, les sollicitations humaines, les bruits qu’ils ne connaissent pas, l’enfermement, l’obligation d’être en constante interaction avec une espèce qu’ils comprennent peu ou pas et qui peut être très aversive pour eux.
Oui, il y a de rares exceptions à cela, avec des chiens roumains qui se coulent dans leur nouvelle vie avec facilité. Mais ce sont des exceptions.
Mon propre chien roumain a mis 6 mois à pouvoir faire ses besoins hors du jardin, 8 mois avant de commencer à me regarder en extérieur, un jour pour arracher le nez d'un chien rencontré en balade, trois semaines avant de commencer à hurler sur tout ce qui bouge en rugissant et en visant la gorge, des années de thérapies avant d'arriver à faire du sport sans tomber, dix ans avant d'être apaisé à la maison (deux déménagements pour finir par vivre en pleine forêt sans voisins directs), 10 ans pour pouvoir tolérer la présence d'un chien immobile à quelques dizaines de mètres, 14 ans pour pouvoir accueuillir des humains inconnus à la maison sans protocole. Mon chien roumain était très dangereux, très traumatisé, très peu familarisé à l'humain, comme tant d'autres chiens de là bas. J'ai passé plus de dix ans à travailler à partir d'un programme thérapeutique avec lui.
Laisser tomber son chien roumain le met en danger : le coût de la responsabilité pour les adoptant.es
Une fois que le chien roumain est là, si on laisse tomber, on le met en danger : de nombreux professionnels encouragent et enseignent des violences sur ces chiens incompris car méconnus. En abandonnant son chien roumain, on lui fait courir le risque de tomber entre de mauvaises mains et de vivre le martyr. De nombreuses familles conscientes de cela se retrouvent dans de grandes détresses car si elles ne veulent pas laisser tomber le chien qu’elles ont conscience d’avoir traumatisé en le faisant venir en France, elles demeurent sans solution viable, à la fois en terme de sécurité mais aussi de bien-être.
Je sais que la route est longue et souvent désespérante avec ces chiens-là. Mais ils n’ont pas demandé à être adoptés. Ils n’attendaient pas leur famille. Ils ont été arrachés de force à leur environnement de naissance et, à présent lourdement traumatisés par leur capture et leur adoption, ils ont besoin d’aide et de soins. Pas de passer de famille en famille, et encore moins d’éducation.
Si vous êtes en difficulté avec votre chien roumain, c’est normal, très fréquent et vous n’êtes pas seul.e.
Je peux vous aider, même à distance.
